Europe

Le renouvellement des directeurs généraux de la Commission reflète une nette baisse d'influence de la représentation française, et est la conséquence quasi-directe de notre Non au référendum du printemps dernier.

Pour s'être accrochée à la nomination de Jean-Luc Demarty, ex-DGA agriculture, comme directeur général de l'agriculture, la France a dû céder sur la plupart des autres nominations :
- la DG des transports et de l'énergie, occupée par François Lamoureux, un proche de Jacques Delors est abandonnée au profit d'un représentant à la vision plus libérale.
- même constat pour le secrétariat général, dont le rôle est central, que la France aurait pu demander.
- remplacement de la porte-parole de Barroso, qui était française.
A part les DG agriculture et culture, la France ne dispose plus d'aucune autre représentation parmi les 35 directeurs généraux, dans une tendance globale nettement orientée vers plus de libéralisme. C'est dire le poids que représente notre pays aujourd'hui dans les institutions européennes et le pouvoir d'influence dont nous disposons.
Le vote des partisans du Non au référendum se retourne désormais contre l'ensemble des Français, et contre eux aussi...

Quelles conséquences pour les Dom-Tom?

Si on peut se féliciter de la nomination de nouveau d'un DG français à l'agriculture, qui pourrait faciliter le relais des positions françaises et domiennes dans la renégociation des OCM sucre et banane, il est très dommageable que la DG transports et énergie soit orientée vers plus de libéralisme.
Pour le transport, à l'heure où les transports publics de personnes Guadeloupéens sont renégociés et restructurés pour favoriser l'emploi local, cette nouvelle orientation renforce l'épée de Damoclès qui pèse sur les transporteurs locaux actuels et l'ouverture potentielle des marchés à des entreprises métropolitaines ou européennes.
Quant à l'énergie, l'éloignement, l'insularité, la nécessité de développer les énergies renouvelables nécessitent une intervention publique conséquente si on souhaite qu'ils se développent sans pénaliser outre mesure les consommateurs. Dans une vision plus libérale, les soutiens risquent d'être plus difficiles à accorder et la production d'énergie continuer d'être réalisée essentiellement à partir d'énergies fossiles. Cela est un mauvais signe pour l'environnement, pour l'emploi local, pour le pouvoir d'achat des habitants.

Si on envisage une diminution (ou au mieux une stabilisation) du niveau d'intervention de l'Europe dans ces domaines qui touchent beaucoup les dom-tom, cela nécessite un engagement d'autant plus marqué de l'Etat et des collectivités locales dans les domaines de l'environnement, du transport et de l'énergie. Or les finances de tous ces acteurs sont exsangues.

Voilà donc le résultat qui s'affiche clairement : parce que les français n'ont pas pris la mesure des conséquences du dernier référendum, et bien que les Dom aient davantage voté Oui, il va aujourd'hui falloir redoubler d'efforts et faire preuve d'une volonté politique forte pour mettre en place les conditions de succès d'un développement durable et solidaire.



La victoire du non ce soir est un véritable séisme politique.

Le peuple français s'est exprimé et son choix est avant tout une gifle pour les partis politiques traditionnels qui ont porté un oui défensif et trop institutionnel et une forte sanction pour le Président de la République et son gouvernement qui ont cru qu'une consultation électorale * pouvait être gagnée malgré une impopularité massive.
CAP 21 qui avait émis l'idée que le Président accepte d'annoncer qu'il ne se représenterait pas en 2007 pour déconnecter son sort personnel de la campagne regrette de n'avoir pas été entendu.

Plus que l'Europe et nos amis pays membres que nous retardons dans la construction européenne, c'est la France qui risque de payer très cher ce choix.

Avec cet échec, le ressort du couple franco-allemand est brisé, le modèle de l’économie sociale de marché est en berne. Les rapports géopolitiques pourraient être bouleversés au profit d’un axe beaucoup plus libéral et conservateur porté par l’Angleterre et les Pays de l’Est. Ce soir le compromis bancal de Nice a triomphé au détriment de la France.

Après 50 ans d’efforts où les peuples ont partagé leur destin et fondé leurs rapports sur le droit et donc la paix,

Après 50 ans d’efforts où l’Europe s’est construite autour d’ une économie sociale de marché qui concilie liberté-solidarité et égalité, sans nul doute le meilleur modèle en comparaison aux économies soit centralisées soit ultra-libérales proposées dans les autres régions du Monde,

Au moment même où l’Europe entrait enfin dans une voie d’approfondissement politique,

le rejet du projet de Traité Constitutionnel Européen est un véritable gachis.

Les conséquences doivent être tirées de cet échec.

La crise de confiance est grande entre les Français et la classe politique, l'incertitude économique et le malaise social sont profonds : augmentation du nombre de bénéficiaires du RMI, chômage à plus de 10 %, stagnation voire baisse du pouvoir d'achat, croissance faible, mesures impopulaires, se sont conjugués pour faire le lit du NON.
Le sentiment de ne pas être entendu a précipité le référendum vers l'expression de ce malaise.

La démocratie française est en souffrance. Le débat a été ainsi confisqué par quelques formations et des hommes politiques qui n'ont pas toujours brillé par leurs convictions européennes, justifiant souvent des difficultés de la société française par les rigidités du pacte de stabilité et la contrainte des directives de l'Union.
CAP 21 n'a pas eu une minute d'antenne malgré un score de 3,6% lors du scrutin des élections européennes en Ile de France et n'a donc pas pu porter l'aspiration de ses électeurs.
La société civile, les associations, les syndicats n'ont pas trouvé l'écho qu'ils auraient mérité dans cette campagne et défendre une position qui n'aurait pas été soupçonnée d'être partisane.

CAP 21 et Corinne LEPAGE proposent de réagir dans trois directions :

- agir pour valoriser les politiques européennes, faire connaître à nos concitoyens les institutions et communiquer sur la réalité des conséquences du choix français afin que puissent être vérifiés les arguments qui auront été utilisés par tous ceux qui ont convaincu les Français de leur choix.

- oeuvrer à la réunion des forces du centre, de la gauche modérée et de l'écologie pour créer un pôle démocrate, européen et écologiste, à l'écoute de la société civile et ouverte à toutes les forces de changement

- mettre en chantier, de manière transpartisane, une grande réflexion sur la refonte de nos institutions pour ériger une VIème République, reposant sur un Parlement puissant et élu à la proportionnelle, un pouvoir judiciaire indépendant et la reconnaissance d'une démocratie participative.

Eric Delhaye
Porte-parole de CAP 21 - 29 mai 2005
Le scrutin de samedi prochain est primordial pour la France, mais également pour nous, habitants des DOM-TOM, où il peut devenir un moment historique.

Sur les arguments en faveur du Oui, on a suffisamment rappelé que les départements Antillais ont bénéficié et bénéficieront encore des politiques de l’Europe en faveur des régions les moins favorisées économiquement : grâce à l’Europe, les mécanismes de soutien aux filières de la canne et de la banane permettent le maintien de ces activités traditionnelles, et les participations de l’Europe aux investissements dans les infrastructures sont loin d’être négligeables. Cela témoigne aussi de l’intérêt de l’Europe à notre égard et à l’égard des régions ultra périphériques en général.

Deux autres points sont essentiels à mes yeux en faveur du Oui.

Le premier est que cette constitution conforte la place juridique et politique accordée à l’environnement. Le développement durable et la préservation de l’environnement font désormais partie des objectifs de l’Union et de ses politiques. Adopter la constitution, c’est ainsi choisir un modèle de développement plus respectueux de notre environnement et de celui de nos enfants.

Le développement durable constituera demain, encore plus qu’aujourd’hui, le pilier de nos activités aux Antilles : agriculture, éco-tourisme, activités tertiaires, énergie…
Or, jusqu’à aujourd’hui les avancées qui ont été faites sur le plan de la préservation de l’environnement ne l’auraient pas été sans l’Europe : mise aux normes des stations d’épuration, politiques de valorisation des déchets ménagers, protection des milieux naturels remarquables, soutien aux énergies renouvelables… La France, derrière de beaux discours, est plutôt mauvaise élève de l’Europe en la matière.
Ainsi, si demain les Antillais souhaitent conserver un environnement de qualité et le valoriser, il est indispensable de bénéficier du soutien de l’Europe, en tant qu’aiguillon de la France pour qu’elle mène une vraie politique environnementale.

Le second point consiste à se dire que nous sommes face à un moment historique : nous choisissons samedi les institutions dont nous voulons pour les quelques prochaines décennies, c’est-à-dire ni plus ni moins que le monde que nous voulons pour nos enfants.

Le fait que nous sommes face à un vote historique change nos attitudes par rapport au vote :

- choisissons après mûre réflexion et non de manière impulsive.
La place accordée à ce référendum et les débats qui y ont trait montrent bien que les français prennent à cœur la question qui leur est posée. Et c’est très positif. Un vote impulsif, par exemple un vote sanction envers la politique actuelle du gouvernement, serait de peu d’effet. Pour cela, mieux vaut attendre 2007. Oui, un changement de politique intérieure s’impose. Non, il ne peut se faire au détriment de notre intérêt collectif et du long terme.

- dépassons les craintes que suscitent, à tort ou à raison, l’Europe.
Ces craintes sont le plus souvent liées à notre propre méconnaissance de son fonctionnement, à l’éloignement de Bruxelles, mais elles sont aussi exacerbées par nos responsables politiques nationaux. Il ne faut donc pas craindre de ce projet qu’il nous éloigne de l’Europe, au contraire : il renforce très nettement l’aspect démocratique des institutions européennes (1 président élu, des pouvoirs accrus pour le Parlement et un pouvoir de pétition pour le citoyen) et les politiques proposées en partie III, même si du coup elles acquièrent une valeur juridique plus forte, sont les mêmes que celles déclinées dans les traités précédents. Que l’on juge les politiques proposées trop libérales ou pas assez sociales, voter non ne changera rien : les politiques de l’Europe existent déjà. C’est au contraire courir le risque que la nouvelle version qui sera proposée dans plusieurs années soit davantage libérale.

- votons en fonction de ce que nous pensons être le mieux pour les plus jeunes.
Parce que nous allons prendre une décision importante pour notre avenir et le leur, j’espère que les plus jeunes d’entre nous, qui pour certains voteront pour la première fois, seront nombreux à se rendre aux urnes samedi, et que les autres iront aussi, en pensant à eux.

Pour toutes ces raisons, il est très important que samedi, nous les Antillais nous déplacions massivement. Faisons en sorte que les taux observés habituellement soient des taux de participation et non d’abstention !
Si il est une partie de la France qui doit montrer son attachement à l’Europe, qui a intérêt à ce que la France ait une place importante dans cette Europe pour mieux la représenter, ce sont bien les Antilles. Je rêve que samedi nous votions nombreux, que nous votions Oui, que grâce à nous le scrutin bascule, et que la France conserve au sein de l’Europe la place politique qu’elle mérite.

Benoit Chauvin – resp. Antilles de Cap21.
Engagées sur le terrain de la défense des droits des femmes, de la défense de la laïcité et attachées au développement d'une égalité réelle entre hommes et femmes,

Corinne LEPAGE
ancien Ministre, présidente de CAP 21

et

Geneviève FRAISSE
directrice de recherches au CNRS, ancienne députée européenne

lancent

un appel des femmes pour le OUI.

Toutes les femmes partageant cette conviction sont appelées à signer le texte.

Cliquez ici pour lire et signer le texte
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés