
Cliquez ici pour revoir la vidéo du reportage de TF1 (4'51) sur les risques environnementaux liés à l'usine Goro Nickel, paru dans le journal du 1er octobre dernier
Si vous voulez mieux connaître CAP21, adhérer à Cap21 et
participer à la vie du mouvement en Outre-Mer, Contactez-nous !






Précision : cet article a été rédigé par Didier Baron il y a quelques jours, avant donc que la situation ne revienne à la normale. Pour des raisons techniques je n'ai pas pu le mettre en
ligne plus tôt. Son contenu reste néanmoins toujours valable et intéressant. Benoit.
Des évènements extrêmement préoccupants se déroulent actuellement sur le territoire.
1 / d’abord un peu d’histoire.
Créé fin des années 1970 le Syndicat des Travailleurs Kanaks Exploités (STKE) s’est rapidement transformé en Union Des Travailleurs Kanaks et Exploités sous la houlette de Louis Kotra
Uregueï.
Cette structure fut constituée sur une base tout à fait noble et fondée. Le principe républicain d’égalité des chances, appliqué aveuglément, ignorait totalement les difficultés rencontrées par
les océaniens, voire les Calédoniens eux-mêmes. Parallèlement s’est créé le Groupement Des Parents d’Elèves (GDPE) pour l’Enseignement. USTKE et GDPE contiennent tous deux l’accès à
l’indépendance dans leurs statuts.
En somme la République une et indivisible masque mal le fait colonial au moins jusqu’aux accords de Matignon. Il faut garder cela à l’esprit pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.
2 / les évènements.
Un conflit est né dans la compagnie aérienne domestique Aircal à propos d’une employée licenciée.
Les acteurs sont : le président de l’USTKE (en soutien de ses délégués de la société), le directeur général d'Aircal (Kanak de Lifou), le président du conseil d’administration d'Aircal
(grand chef Kanak de Maré). En dehors des règlements en matière de sécurité de l’aviation civile, l’Etat n’est absolument pas concerné par ce problème. Sa seule mission est le maintien de
l’ordre.
L’affaire prend une mauvaise tournure compte tenu de la pression exercée par l’USTKE qui estime que la sanction (licenciement pour faute grave=violation de l’obligation de réserve) est
disproportionnée. Ceci donne lieu à une grève et à un blocage des installations commerciales et techniques avec occupation de la piste de Magenta. A la demande d’Aircal le Haut-commissaire envoie
les forces de l’ordre pour faire dégager les lieux. Les piquets de grève résistent, chargent les gendarmes mobiles, et les leaders se réfugient dans un avion.
Ceci explique la présentation des personnes arrêtées avec un chef d’accusation concernant l’atteinte à la sécurité d’un aéroport et l’entrave au mouvements des avions (point toujours d’actualité
avec les plans vigi-pirates) et la sanction (un an de prison ferme pour l’actuel président de l’USTKE et d’un autre militant qui avaient tous deux des peines de prison avec sursis).
L’USTKE signe un protocole d’accord proposé par le Directeur du Travail (compétence de la Nouvelle-Calédonie) mais le président d’Aircal refuse de le signer car il induit le paiement des journées
de grève. Il n’a pas changé d’avis aujourd’hui estimant que même si une solution fut trouvée pour l’employée, la société n’a pas commis d’erreur en la licenciant. D’où l’appel à la grève
générale, les blocages stratégiques et la recherche d’affrontements avec les forces de l’ordre
3 / Ce qu’il faut savoir.
L’USTKE est à la source d’un mouvement politique indépendantiste (le parti travailliste) qui a fait un excellent score aux dernières provinciales.
Cette centrale syndicale est fortement structurée, bien organisée et travaille, à la fois sur le front de la lutte des classes et l’indépendance Kanak. Les inégalités sociales sont toujours
criantes et même aggravées par l’afflux d’argent qui s’il donne du travail génère aussi une aggravation de la cherté de vie. En outre les calédoniens ne sont pas bénéficiaires de l’accroissement
du potentiel d’encadrement privé ou public. L’USTKE et le Parti Travailliste reprochent au FLNKS sa mollesse face à l’Etat dans sa démarche indépendantiste.
4 / Une logique de combat depuis sa création.
L’USTKE est dans sa logique de combat contre les inégalités sociales et de déstabilisation de l’économie (c’est la voie dès lors que l’on inscrit dans ses statuts l’indépendance). Beaucoup de
patrons et l’Etat jusqu’à présent n’ont pas montré beaucoup de détermination face à la centrale. Il est étonnant que la justice ait sanctionné si fort des responsables syndicaux (une certaine
tolérance nationale, pas seulement locale, est généralement admise par les tribunaux à l’égard des actions des grévistes même s’il y a un contenu pénal dans l’action ainsi que par l’Etat qui
n’exécute qu’avec lenteur les arrêts de cour).
L’ère Sarkosy met sans doute un terme à cette reconnaissance des énormes avancées sociales obtenues par les syndicats et le Front Populaire dans les années 30. Sans doute un peu plus fort ici
qu’ailleurs en France, le contenu politique de la persistance de l’action étant désormais évident. La dangerosité vient des risques de réactions (de peur ou de colère ??) des
« victimes » de ces confrontations (un coup de feu a été tiré de nuit en direction du barrage USTKE à Boulouparis, village à 80 Kms de Nouméa) ou des jeunes et des anciens membres des
comités de lutte indépendantistes ralliant cette forme de combat (des coups de feu ont été tirés à Saint-Louis contre les gendarmes. Les blessés recensés sur tous les blocages sont tous des
gendarmes).
5 / Que dire des discours de José Bové et de la L.C.R ?
José est un admirateur inconditionnel et ami de Louis Kotra Uregueï et de Gérard Jodar qui sont intelligents et extrêmement efficaces. Ils inspirent d’ailleurs le respect bien au delà de la
gauche (beaucoup de responsables nationaux, voire, internationaux rêveraient de pouvoir générer une structure aussi performante et efficace que l’USTKE). Bové tient un discours outrancier à
l’égard de l’Etat (on peut noter un changement d’attitude mais certainement pas un comportement néo-colonialiste)
6/ Le véritable enjeu
Il semble être, en réalité, de faire voler en éclat le fragile Front de Libération Kanak et Socialiste dont les composantes (Union Calédonienne, Palika, UMP) n’en finissent pas de chercher un
terrain d’entente, au profit du parti travailliste présidé par Louis Kotra Uregueï également président d’honneur de l’USTKE.
Le meilleur moyen est alors d’affronter l’Etat dans ses actions de maintien de l’ordre en générant une forte déstabilisation de l’économie (les pénuries se font sentir fortement).
L’Etat réagit avec force parce que c’est sa fonction dans l’Accord de Nouméa et parce qu’il redoute par dessus tout de perdre tout ou partie de ses interlocuteurs habituels chez les
indépendantistes. Il reste à voir si le Gouvernement local trouvera une issue de sortie. Il y travaille mais ce n’est pas évident.
Didier BARON
Les deux textes, une loi organique et une loi simple, précisent les transferts des compétences à la Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l'application des accords de Nouméa, selon les modalités
fixées en décembre entre le gouvernement et les signataires des accords de mai 1998.
Les compétences relatives à l'enseignement, au droit civil, à l'état civil, au droit commercial et à la sécurité civile (sauf les pompiers) seront transférées au pays selon un calendrier fixé par
la loi. La réforme prévoit les compensations financières pour les charges correspondant à ces transferts, notamment la rémunération des fonctionnaires (enseignants, etc.) transférés.
L'Etat a par ailleurs accepté une mise à disposition gratuite et globale des personnels de l'enseignement, sans limitation de temps, ainsi que la construction des lycées du Mont-Dore et
de Pouembout.
Lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie, Mme Penchard a déclaré devant les élus du Congrès que "ces dispositions, exceptionnelles au regard de la situation financière de notre pays, confirment la
position singulière et avantageuse de la Nouvelle-Calédonie par rapport aux autres collectivités territoriales". Compte tenu de l'effort de l'Etat, elle a souhaité que le Congrès vote à
l'unanimité en faveur de ces transferts de compétences fin novembre, comme le prévoit le calendrier de l'accord de Nouméa (1998).
Certes ces efforts sont importants, mais ce choix n'est pas un choix uniquement financier ! Comme un enfant qui choisit de quitter le foyer familial, les parents se doivent de lui offrir les
moyens de vivre sa nouvelle vie, sans l'abandonner à lui-même, le temps tout du moins de faire ses propres choix.
Les institutions de l'archipel du Pacifique-Sud ont été modifiées par le projet de loi ordinaire.
Les élections en Nouvelles Calédonie ont donné leur verdict. Voici la dépêche AFP des résultats :
Nouvelle-Calédonie: la droite reste majoritaire, progression des indépendantistes
NOUMÉA (AFP) — La droite non-indépendantiste reste majoritaire en Nouvelle-Calédonie après les résultats des élections provinciales de dimanche mais elle paie le prix de ses divisions, en
permettant aux indépendantistes de gagner des sièges.
Quelque 135.932 électeurs étaient appelés aux urnes pour renouveler les 76 élus des trois provinces (sud, nord et îles Loyauté), dont 54 siègent également au Congrès. Cette assemblée élit ensuite à la proportionnelle le gouvernement collégial, de ce territoire autonome.
Ce vote est crucial car il donne une idée du rapport de force qui prévaudra lors de la sortie de l'accord de Nouméa, entre 2014 et 2018, période durant laquelle un référendum d'autodétermination doit être organisé.
Très éclatée, la droite non-indépendantiste voit son nombre d'élus passer de 36 à 31 au Congrès.
Défait en 2004, le Rassemblement-UMP arrive en tête avec 13 élus mais il ne fait que profiter des divisions de la majorité sortante de l'Avenir Ensemble car tant en voix qu'en sièges, le parti est en recul.
En revanche, le score de Calédonie Ensemble, du président de la province sud, Philippe Gomes, issu de la scission de la majorité sortante, a surpris car il obtient 10 sièges.
La progression des indépendantistes, qui obtiennent 23 sièges contre 18 dans la précédente mandature, illustre à la fois la progression de cet électorat et le bénéfice tiré de la discorde à droite.
Nouveau venu sur l'échiquier, le parti travailliste, émanation du syndicat indépendantiste USTKE aux positions radicales, décroche trois fauteuils au Congrès. En revanche, le Front national, qui avait quatre élus précédemment, disparaît suite à des querelles internes.
Les jeux d'alliance sont très ouverts, notamment en raison des profondes divisions des partis de droite, et la couleur politique du prochain président du gouvernement est difficile à anticiper.
Acquise aux non-indépendantistes, la présidence de la province sud devrait revenir au RUMP, grâce à une alliance avec l'Avenir Ensemble.
Malgré un électorat en baisse, l'indépendantiste Paul Néaoutyine devrait être reconduit à la présidence de la province nord, à l'instar de Néko Hnépeune (UC indépendantiste) aux îles Loyauté.
Les nouveaux élus vont avoir à gérer d'importants transferts de compétences, tel que l'enseignement secondaire, ainsi que le prévoit l'accord de Nouméa de 1998, qui a mis sur les rails une émancipation par étape de cet archipel du Pacifique sud.
Malgré une croissance qui reste soutenue, l'île est touchée par la crise, au travers de la dégringolade des cours du nickel, dont elle détient un quart des réserves mondiales.
Afin de résoudre les profondes inégalités sociales et de lutter contre la vie chère, thèmes récurrents de la campagne, les élus devront également s'attaquer à la réforme de la fiscalité, pour sortir de "l'économie de comptoir".
La Nouvelle-Calédonie vit en paix depuis 20 ans. Cette campagne a mis en lumière une modification des enjeux désormais plus économiques et sociaux que politiques.
Unanimement, les élus locaux veulent trouver une issue pacifique à l'accord de Nouméa, sans doute en essayant de s'entendre sur une solution originale entre large autonomie et souveraineté.
En revanche, certains observateurs redoutent des troubles, si la fracture sociale, qui est aussi ethnique avec des Européens majoritairement aisés et des Océaniens défavorisés, n'est pas résorbée.
Une récente étude a révélé que le rapport entre le revenu des ménages les plus riches et celui des plus pauvres, était autour de 20, soit trois fois plus qu'en France métropolitaine.
Première catastrophe écologique lors de la mise œuvre d'une série d'essais dans l'usine de Vale-Inco dans le Sud de la Nouvelle-Calédonie.
Cette usine énorme qui devrait être mise en service d'ici quelques mois, utilise un procédé d'extraction de minerais pauvres en nickel (latérites). Ce procédé consiste à faire passer dans des
autoclaves chauds et sous pression le minerai mélangé à de l'acide sulfurique concentré.
Un accident s'est produit mercredi.
La version de l'entreprise est qu'un joint en téflon aurait lâché sur le tuyau transportant l'acide sulfurique concentré à 98%. Le bassin assurant la sécurité de ce risque étant en "travaux"
l'acide s'est écoulé librement et s'est déversé dans une rivière. Du déversoir au lagon des milliers d'espèces (Anguilles, poissons d'eau douce, poissons du Lagon) ont été détruites.
La Province Sud, responsable environnementale de ce projet, n'a été informée que 24 heures plus tard et de manière indirecte.
Les chefferies Kanak du Sud sont censées être informées et associées par un pacte signé en grande pompe.
Il faut conclure que :
- Malgré les mises en gardes répétées des associations environnementales depuis plus de 9 ans (A savoir Action Biosphère, CODEFSUD, Corail Vivant, Point Zéro/Base line et Réébù Nùù et WWF plus
tardivement) cet entrepreneur n'en fait qu'à sa tête.
- Il est étonnant que, durant une période d'essai, on ne teste pas en priorité les systèmes de sécurité. Dans ce cas précis la situation est bien pire puisque les systèmes de sécurité étaient
neutralisés.
- Connaissant les risques liés à l'exploitation de ce procédé il est absolument anormal que les autorités concernées et leurs services ne se soient pas imposés lors des contrôles de la période
test. Ne serait-ce que pour vérifier que les chiffres et techniques présentés lors des études d'impact et de danger sont encore d'actualités.
- Il est à signaler que l'étude de danger prévoit, en cas d'explosion des autoclaves, une zone létale de plusieurs KMS autour du site.
- Pour avoir suivi de près la question des rejets en mer, j'affirme que l'Institut (IRD) retenu pour tester les effets des effluents en mer ne dispose pas des moyens techniques et humains pour
assurer un suivi constant de l'activité de rejet. (Tuyau de plus de 20 KMS par 30 à 50 m de fond débitant de 1300 à 1500 M3/heure). Ces moyens existent pourtant en Nouvelle-Calédonie. Plongées
avec casques, scaphandriers qualifiés, enregistrement vidéo des prélèvements placés sous le contrôle de Réébù Nùù représentant les populations directement concernées par l'activité de
l'usine.
- La Gendarmerie Nationale est devenue littéralement un vigile équipé et nourrit par l'exploitant. Cette question a, déjà, été posée aux autorités : Est-ce bien la mission de la gendarmerie de
protéger une personne morale dont l'activité s'avèrera, en production, un danger pour les populations et pour l'environnement.
- La succession d'experts "indépendants" ont persévéré dans une monstrueuse erreur permanente assimilant la définition de "lagon" à celle de "lagune".
Nous continuons à prétendre que les rejets se font en mer et non dans une mer intérieure ou une lagune fermée par la terre et nous exigeons que les accords signés par la France sur ces questions
de rejets soient appliqués à l'émission des effluents dans le lagon.
Nous sommes confrontés à un risque durable en Nouvelle-Calédonie.
Est-ce bien le sens que la Nation, la Nouvelle-Calédonie, La Province et l'entrepreneur veulent donner au mot durable ici ? C'est la question que nous posons.
Didier Baron
responsable Cap21 Nouvelle-Calédonie
Commentaires