Lundi 11 mai 2009

Les élections en Nouvelles Calédonie ont donné leur verdict. Voici la dépêche AFP des résultats :

Nouvelle-Calédonie: la droite reste majoritaire, progression des indépendantistes

NOUMÉA (AFP) — La droite non-indépendantiste reste majoritaire en Nouvelle-Calédonie après les résultats des élections provinciales de dimanche mais elle paie le prix de ses divisions, en permettant aux indépendantistes de gagner des sièges.

Quelque 135.932 électeurs étaient appelés aux urnes pour renouveler les 76 élus des trois provinces (sud, nord et îles Loyauté), dont 54 siègent également au Congrès. Cette assemblée élit ensuite à la proportionnelle le gouvernement collégial, de ce territoire autonome.

Ce vote est crucial car il donne une idée du rapport de force qui prévaudra lors de la sortie de l'accord de Nouméa, entre 2014 et 2018, période durant laquelle un référendum d'autodétermination doit être organisé.

Très éclatée, la droite non-indépendantiste voit son nombre d'élus passer de 36 à 31 au Congrès.

Défait en 2004, le Rassemblement-UMP arrive en tête avec 13 élus mais il ne fait que profiter des divisions de la majorité sortante de l'Avenir Ensemble car tant en voix qu'en sièges, le parti est en recul.

En revanche, le score de Calédonie Ensemble, du président de la province sud, Philippe Gomes, issu de la scission de la majorité sortante, a surpris car il obtient 10 sièges.

La progression des indépendantistes, qui obtiennent 23 sièges contre 18 dans la précédente mandature, illustre à la fois la progression de cet électorat et le bénéfice tiré de la discorde à droite.

Nouveau venu sur l'échiquier, le parti travailliste, émanation du syndicat indépendantiste USTKE aux positions radicales, décroche trois fauteuils au Congrès. En revanche, le Front national, qui avait quatre élus précédemment, disparaît suite à des querelles internes.

Les jeux d'alliance sont très ouverts, notamment en raison des profondes divisions des partis de droite, et la couleur politique du prochain président du gouvernement est difficile à anticiper.

Acquise aux non-indépendantistes, la présidence de la province sud devrait revenir au RUMP, grâce à une alliance avec l'Avenir Ensemble.

Malgré un électorat en baisse, l'indépendantiste Paul Néaoutyine devrait être reconduit à la présidence de la province nord, à l'instar de Néko Hnépeune (UC indépendantiste) aux îles Loyauté.

Les nouveaux élus vont avoir à gérer d'importants transferts de compétences, tel que l'enseignement secondaire, ainsi que le prévoit l'accord de Nouméa de 1998, qui a mis sur les rails une émancipation par étape de cet archipel du Pacifique sud.

Malgré une croissance qui reste soutenue, l'île est touchée par la crise, au travers de la dégringolade des cours du nickel, dont elle détient un quart des réserves mondiales.

Afin de résoudre les profondes inégalités sociales et de lutter contre la vie chère, thèmes récurrents de la campagne, les élus devront également s'attaquer à la réforme de la fiscalité, pour sortir de "l'économie de comptoir".

La Nouvelle-Calédonie vit en paix depuis 20 ans. Cette campagne a mis en lumière une modification des enjeux désormais plus économiques et sociaux que politiques.

Unanimement, les élus locaux veulent trouver une issue pacifique à l'accord de Nouméa, sans doute en essayant de s'entendre sur une solution originale entre large autonomie et souveraineté.

En revanche, certains observateurs redoutent des troubles, si la fracture sociale, qui est aussi ethnique avec des Européens majoritairement aisés et des Océaniens défavorisés, n'est pas résorbée.

Une récente étude a révélé que le rapport entre le revenu des ménages les plus riches et celui des plus pauvres, était autour de 20, soit trois fois plus qu'en France métropolitaine.

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Dimanche 5 avril 2009

Première catastrophe écologique lors de la mise œuvre d'une série d'essais dans l'usine de Vale-Inco dans le Sud de la Nouvelle-Calédonie.


Cette usine énorme qui devrait être mise en service d'ici quelques mois, utilise un procédé d'extraction de minerais pauvres en nickel (latérites). Ce procédé consiste à faire passer dans des autoclaves chauds et sous pression le minerai mélangé à de l'acide sulfurique concentré.

Un accident s'est produit mercredi.
La version de l'entreprise est qu'un joint en téflon aurait lâché sur le tuyau transportant l'acide sulfurique concentré à 98%. Le bassin assurant la sécurité de ce risque étant en "travaux" l'acide s'est écoulé librement et s'est déversé dans une rivière. Du déversoir au lagon des milliers d'espèces (Anguilles, poissons d'eau douce, poissons du Lagon) ont été détruites.
La Province Sud, responsable environnementale de ce projet, n'a été informée que 24 heures plus tard et de manière indirecte.
Les chefferies Kanak du Sud sont censées être informées et associées par un pacte signé en grande pompe.

Il faut conclure que :
- Malgré les mises en gardes répétées des associations environnementales depuis plus de 9 ans (A savoir Action Biosphère, CODEFSUD, Corail Vivant, Point Zéro/Base line et Réébù Nùù et WWF plus tardivement) cet entrepreneur n'en fait qu'à sa tête.
- Il est étonnant que, durant une période d'essai, on ne teste pas en priorité les systèmes de sécurité. Dans ce cas précis la situation est bien pire puisque les systèmes de sécurité étaient neutralisés.
- Connaissant les risques liés à l'exploitation de ce procédé il est absolument anormal que les autorités concernées et leurs services ne se soient pas imposés lors des contrôles de la période test. Ne serait-ce que pour vérifier que les chiffres et techniques présentés lors des études d'impact et de danger sont encore d'actualités.
- Il est à signaler que l'étude de danger prévoit, en cas d'explosion des autoclaves, une zone létale de plusieurs KMS autour du site.
- Pour avoir suivi de près la question des rejets en mer, j'affirme que l'Institut (IRD) retenu pour tester les effets des effluents en mer ne dispose pas des moyens techniques et humains pour assurer un suivi constant de l'activité de rejet. (Tuyau de plus de 20 KMS par 30 à 50 m de fond débitant de 1300 à 1500 M3/heure). Ces moyens existent pourtant en Nouvelle-Calédonie. Plongées avec casques, scaphandriers qualifiés, enregistrement vidéo des prélèvements placés sous le contrôle de Réébù Nùù représentant les populations directement concernées par l'activité de l'usine.
- La Gendarmerie Nationale est devenue littéralement un vigile équipé et nourrit par l'exploitant. Cette question a, déjà, été posée aux autorités : Est-ce bien la mission de la gendarmerie de protéger une personne morale dont l'activité s'avèrera, en production, un danger pour les populations et pour l'environnement.
- La succession d'experts "indépendants" ont persévéré dans une monstrueuse erreur permanente assimilant la définition de "lagon" à celle de "lagune".

Nous continuons à prétendre que les rejets se font en mer et non dans une mer intérieure ou une lagune fermée par la terre et nous exigeons que les accords signés par la France sur ces questions de rejets soient appliqués à l'émission des effluents dans le lagon.
Nous sommes confrontés à un risque durable en Nouvelle-Calédonie.
Est-ce bien le sens que la Nation, la Nouvelle-Calédonie, La Province et l'entrepreneur veulent donner au mot durable ici ? C'est la question que nous posons.

Didier Baron
responsable Cap21 Nouvelle-Calédonie

Par Didier Baron - Publié dans : Nouvelle-Calédonie
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Vendredi 6 février 2009

L'année 2009 est, à double titre, une année importante : la Nouvelle-Calédonie sera, avec retard, frappée par la crise ; d’importantes élections s’annoncent.

Le trait caractéristique des politiciens qui sont reconduits depuis trop longtemps est leur absence de vision à long terme. Cet état d’esprit a encouragé le patronat à mener une stratégie opportuniste limitant ses investissements et ses plans de formation.
Certes il faut faire une exception pour le nickel, mais les sociétés qui s’activent dans ce domaine planifient naturellement sur de longues périodes. Par effet induit les sociétés qui gravitent autour de ces entités, font tout ce qu’elles peuvent pour répondre à des demandes fortes. Or les phases d’implantation ont une fin. Bon nombre des ces PME verront ces marchés prendre fin et rien ne dit qu’elles auront apuré leur dette de mise à niveau technique.
En ce qui concerne les flux migratoires, il n’existe toujours pas de vraie politique de régulation des flux. Il existe même de véritables réseaux « d’approvisionnement » en main d’œuvre de toute sorte et on peut voir fleurir les agences d’intérim qui fournissent un contingent de salariés chers et temporaires qui n’ont pas perçu que la contre partie d’une grande flexibilité est l’absence totale de stabilité. Ayant fait le choix de l’impermanence de leur emploi ces salariés ne pourront pas se retourner vers les structures syndicales, ni recevoir le moindre soutien des institutions. Si la Constitution est un obstacle à la régulation des flux, tel n’est pas le cas des dispositifs susceptibles d’être mis en place sur le marché du travail.
Il fallait mener une politique de plein emploi pour les calédoniens et créer une stratégie contractuelle assortie d’un plan de formation continue visant à permettre à un Calédonien d’occuper le poste offert à l’extérieur dans un temps qui reste à déterminer au cas par cas.

En ce qui concerne les formations initiales, l’absence de planification du développement reposant sur d’autres critères que la mine (autosuffisance alimentaire et énergétique) conduit à un étranglement massif des classes d’âge qui, poussées vers le bac sans vraies perspectives s’orientent ensuite vers des études universitaires qui laisseront un grand nombre de jeunes dans l’embarras, voir la détresse. Le meilleur observatoire de cette situation est le concours administratif où l’on voit un nombre incalculable de diplômés d’un bac+ 1 ou 2 ou même 5 ans se présenter à des concours de niveau BEPC ou Bac. Les jeunes qui souhaitaient s’orienter vers un emploi administratif dès la fin du secondaire se voient fermer cette porte là.

Dans le domaine agro-pastoral j’en reviendrai à mon analyse d’il y a plus de vingt ans : les fonctionnaires ont mis en place une stratégie de marché sous tension qui ne pousse pas à une politique de diversification des productions ni à une amélioration globale en qualité et en prix des produits, ce qui fait le bonheur des grandes surfaces. De plus les consommateurs sont largement sous représentés dans les comités et commissions diverses.

Dans le domaine énergétique on a atteint un sommet d’aberration. Il y a trente ans, en tant que président de l’association des consommateurs UFC/Que choisir ?, j’ai littéralement supplié le Territoire et l’Etat de mettre en œuvre une politique d’indépendance énergétique par la construction d’un barrage hydroélectrique dans le Nord, j’ai organisé deux opérations ville sombre par lesquelles je demandais aux Calédoniens de soutenir cette démarche en coupant leur courant à une heure précise… EDF avait même envoyé un spécialiste des questions hydroélectriques comme Directeur d’Enercal (pour dire si cette démarche était de bon sens). Peine perdue, on a installée une centrale thermique à Népoui et on prévoit deux grosses centrales à charbon (Prony énergie et SLN). Ces centrales sont unanimement condamnées (quel que soit leur niveau de modernité) par les scientifiques comme étant un danger majeur pour le réchauffement climatique, sans parler des pluies acides.

Des scientifiques mondialement reconnus ont lancé un véritable cri d’alarme sur la perte de la biodiversité en Nouvelle-Calédonie.

Les signes identitaires auraient dû faire l’objet d’un débat et d’un engagement prioritaire pour valider la notion de destin commun dans l’esprit des populations car l’inconscient collectif a besoin de perspectives et de symboles pour permettre à la société de comprendre son devenir et s’y engager sereinement.

L’absence totale de maturité politique se manifeste à bien des niveaux. Par exemple le domaine de DEVA qui, globalement, est un projet économique moyennement correct qui mérite cependant des ajustements dans les domaines écologiques et sociétaux. L’Hôtel de classe internationale et le terrain de golf n’étaient pas indispensables. On pouvait faire mieux et à moindre frais en permettant à la population de Bourail et des environs de se professionnaliser dans des petites structures éco touristiques et en ne touchant pas du tout à l’intégrité du domaine, carrière de sable comprise. Il existe un élément extrêment positif : c’est la manière dont les populations on su dialoguer entre elles pour aboutir à une projection commune dans le projet. Mais voilà ! Tous les recours judiciaires n’ayant pas été épuisés la Province Sud se retrouve dans une impasse concernant la propriété du bien. Ceci crée une tension plus que palpable et bien inutile. Quand j’entends un responsable dire que ça se fera quand même je crois entendre M. Lafleur à propos du Méridien de l’Île des pins. Ceux qui disent le droit créent eux-mêmes des situations de non droit sans même se rendre compte qu’il s’agit là d’un exercice périlleux pour le pays tout entier.

Je prétends encore aujourd’hui que le vrai pot de fer dans une société est la société elle-même. Quel qu’en soit le prix elle doit contraindre sa représentation politique à aller dans le sens qu’elle souhaite et ce sens est clair depuis le préambule de l’accord de Nouméa : la reconnaissance des droits fondamentaux du peuple Kanak et la mise en œuvre d’un destin commun. Ni l’une, ni l’autre n’ont fait l’objet d’un moindre frémissement salutaire. Ni les indignes représentants de la classe bourgeoise de Nouméa dans le Sud, ni les pâles élus du Front Indépendantiste (dont on ne sait plus vraiment ce qu’il est et où il va à force de ne pas y aller) n’ont montré leur capacité à conduire le pays vers quelque chose de plus raisonnable, de plus projectif.
Les populations, après deux mandatures, ne savent toujours pas si demain sera serein ou chaotique. C’est grave, très grave. Il est temps de leur donner une vraie leçon d’humilité. Il est temps de donner de vraies perspectives aux jeunes et aux familles et de créer les conditions d’une autosuffisance durable.
Des listes nouvelles vont se présenter. Ignorez tout ce qu’on pourra dire sur elles car elles n’auront pas les moyens de communication suffisants pour y répondre. Apportez du sang neuf dans les institutions et faites en sorte que vos assemblées redeviennent un haut lieu du débat d’idée plutôt qu’une basse cour de règlements de comptes. Des lendemains difficiles s’annoncent qui montreront que malgré un PIB impressionnant, une épargne faramineuse, il existe une vraie misère morale, économique et sociale en Nouvelle-Calédonie.


Dider Baron 

 

Par Didier Baron - Publié dans : Nouvelle-Calédonie
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Vendredi 6 février 2009
Article de Marc Baltzer paru dans les Nouvelles Calédoniennes (http://www.lnc.nc/articles/article_70802_239133.htm)

Le collectif autochtone du Sud, mené par Rheebu Nuu et le CNDPA, lance une série de réunions électorales en vue des provinciales. L’objectif n’a pas changé : construire une liste commune aux indépendantistes, autochtones et « progressistes ».

La mode des réunions « de réflexion » sur des thématiques « de fond » n’épargne pas le collectif autochtone, cette structure mixte lancée le 17 janvier par le Sénat coutumier, le Conseil national pour les droits du peuple autochtone (CNDPA) et Rheebu Nuu.
La première rencontre se tient demain, à partir de 8h30 à la salle socioculturelle de Dumbéa. Ce jour-là, les invités politiques « en diront plus », selon Raphaël Mapou, au sujet d’une éventuelle liste commune.
Le deuxième point à l’ordre du jour sera « l’accord de Nouméa et la déclaration des droits autochtones de l’ONU », et sera animé par Roch Wamytan (FLNKS).
Deux semaines après l’appel du 17 janvier « à tous les indépendantistes, les autochtones et les progressistes de ce pays », les militants du comité estiment que leur démarche commence à porter ses fruits. « Tout le monde, aujourd’hui, parle de cette liste commune, remarque Raphaël Mapou. Maintenant, il faut continuer. »
Pour « continuer », justement, d’autres réunions publiques serviront à façonner un programme commun, « réaliste et pragmatique ». Même si les lieux ne sont pas encore définis, les dates et les sujets de ces rencontres sont déjà connus.
Le 21 février, on parlera de développement économique et de fiscalité. Le 28 février, la discussion se précisera sur la composition de la liste. Le 7 mars, le droit coutumier et les signes identitaires seront au programme. Le 14 mars, ce seront la jeunesse et l’enseignement, avant l’environnement, la santé et le logement social, abordés le 21 mars.
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Jeudi 5 février 2009

Kanaky ou Nouvelle-Calédonie ?


J'utilise volontairement ces deux désignations (alors que juridiquement il n'y a que Nouvelle-Calédonie) pour mettre le doigt là où ça fait mal : la recherche d'une identité.

Pourtant, dès 1999, l'Accord de Nouméa et la loi Organique qui en découle (amenant, excusez-moi du peu, une modification de la constitution Française) prévoient l'établissement de cette identité partagée dont l'aboutissement est le destin commun, si largement cité, aujourd'hui, par tous les mouvements politiques locaux. Nous sommes très loin de cela.


Malgré les efforts de Jean-Marie Tjibaou, Yéwéné Yéwéné et de tous ceux qui ont combattus à leurs côtés. Malgré le retour à la paix consentie par le même Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, la quête identitaire n'aboutit pas.

Elle n'aboutit pas pour les Kanaks parce que la dévastation physique, foncière et culturelle est très récente (moins de 200 ans) et qu'il a été mis fin à l'indigénat seulement après la seconde guerre mondiale, autant dire hier. Dans le même temps la démocratie occidentale a subi des mutations étroitement liées au développement tous azimuts de la société de consommation et son corollaire, le néo-libéralisme, ardent défenseur de la démocratie théorique (surtout déléguée), qui affaiblit les états dans leur substance fiduciaire (l'argent).


Difficile pour un autochtone d'être à la fois issu d'une société structurée mais qui ne s'est pas vraiment encore remise des blessures que le colonialisme lui a infligées et victime d'une société de consommation dont l'un des fondements est de considérer le superflu comme un besoin quasi prioritaire.
Le Calédonien éprouve moins de difficultés sur ce plan car il a cette racine là, où l'individu prime sur le groupe social, la rémunération due prime sur la solidarité permanente.

Contrairement à une idée reçue en Métropole, les Kanaks, comme les Calédoniens n'ont pas vraiment conscience de ce que l'Etat déverse sur le "Caillou". Pour la plus part, ils ne tendent pas la main et leur grande majorité travaille et aspire au travail. Bien entendu ça et là on entend encore des ukases sur la fainéantise des Kanaks mais, d'une part cela n'a pas plus d'effets que les mêmes jugements portés par les gens du nord de la Loire sur ceux du Sud, d'autre part une jeune vague, volontaire et diplômée, réclame ce droit au travail décent et justement rémunéré (je reviendrai sur ce sujet qui prend au fil des ans une tournure dramatique, voire dangereuse).


Il y a des transitions qui se font mal. Quand on évoque l'individu chez le calédonien, il s'agit en réalité de l'entité familiale et de sa source (descendants de bagnards, de relégués, de fonctionnaires ou de colons). Cela s'estompe pour les générations qui arrivent, mais pas dans toutes les strates sociales. La famille en Nouvelle-Calédonie a encore un sens puissant, surtout s'il reste des radicelles en brousse (la campagne) car c'est un incontournable lieu de ressourcement, de récupération pour ceux du grand Nouméa. Ce besoin se traduit par une incroyable et dangereuse chevauchée routière tous les vendredis après midi et un retour non moins chaotique le dimanche soir (avec son cortège d'accidents).

Or, quand vous avez la chance et l'honneur d'être mêlé à ces extraordinaires remontées, deux indicateurs vous sautent aux yeux :
 
- l'omniprésent 4X4 est bien plus qu'un signe extérieur de richesse. Il permet de montrer qu'on est libre d'aller où l'on veut et qu'on est encore intimement attaché à la terre (donc à la famille). Son utilité est souvent incontestable car, sorti des routes territoriales, les autres véhicules peuvent rencontrer de sérieuses difficultés.

- le métissage. Vous vous rendez compte que des noms fleurant bon la France, la Polynésie, l'Indochine, l'archipel de Java, voire même, l'Angleterre peuvent être portés indifféremment par des noirs, des jaunes, des blancs, des océaniens. Vous découvrez qu'il s'amplifie même et que les copains, copines qui s'agglutinent autour du feu, du repas sont eux-mêmes d'origines très diverses sans que cela ne gène qui que ce soit. Vous ressentez vous-mêmes que, si vous êtes là, dans la tribu, dans le village, au bord de mer ou dans la chaîne, c'est simplement parce que la Calédonie a un cœur métis, que le week-end est un moment de vérité où beaucoup ont besoin de le faire battre. Même la société de consommation s'y trouve engloutie dans une effarante et merveilleuse simplicité.


Le destin commun a donc un cadre naturel. Bien entendu cela n'exclut pas des tensions interethniques souvent présidées par l'alcool, surtout dans la capitale. Cela n'exclut pas une détermination sur le contenu des mots indépendance ou attachement à la France qui entretient cet interminable clivage politique paralysant pour le pays. Cela n'entame en rien les vieux passifs claniques que l'évolution des rapports ravive.


Mais le cadre existe bel et bien. Quand les politiciens le fendent à coup d'arguties électoralistes, ils ne se rendent pas compte qu'ils font autant saigner les cœurs de leur camp que ceux du camp prétendument adverse. Ils ne se rendent pas compte qu'ils contraignent des familles à faire des choix en leur propre sein.

Le comble est qu'ils ont remis entre les mains de ces mêmes familles la responsabilité du choix final : la voie référendaire. Si elle est, en apparence, la quintessence de l'expression démocratique, elle sera ici un coin de fer dans la diversité familiale.


Il n'y a que deux chemins d'accès possibles à une expression référendaire pacifiquement méditée :

- les partis politiques devraient tout mettre en œuvre pour s'assurer que la consultation sera sereine, quelle qu'en soit l'issue, en projetant toutes les options économiques et sociétales liées à leurs seules idéologies (s'ils en ont une différente que l'appétit de pouvoir et l'appât du gain)


- reconnaître les droits fondamentaux du Peuple Kanak. Ce qui n'est rien d'autre qu'un retour à sa dignité, à son respect et peut-être plus encore à la vertu d'un métissage qui permet à tous (métis ou pas) de passer d'une culture à l'autre avec un égal bonheur sans se voir reprocher constamment de trahir ses propres racines.



Didier BARON

Par Didier Baron - Publié dans : Nouvelle-Calédonie
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