Jeudi 25 juin 2009
Article paru dans Le Monde du 24 juin 2009 :

Les Antilles ne sont pas les seuls territoires contaminés par le chlordécone, un polluant extrêmement persistant, soupçonné d'être cancérigène, employé comme pesticide dans les plantations de bananiers en Guadeloupe et en Martinique entre 1981 et 1993. Au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), la sénatrice Catherine Procaccia (UMP, Val-de-Marne) et le député Jean-Yves Le Déaut (PS, Meurthe-et-Moselle) présentent mercredi 24 juin un rapport dans lequel ils retracent, pour la première fois, le parcours du "chlordécone perdue".
Selon les informations des rapporteurs, quelque 1 600 tonnes ont été produites aux Etats-Unis entre 1958 et 1976. La fabrication a ensuite été interdite, les ouvriers et les riverains des sites de production présentant des atteintes neurologiques graves. Environ 200 autres tonnes de chlordécone ont ensuite été produites au Brésil. Or, 300 tonnes seulement ont été utilisées aux Antilles. Le reste a été exporté dans d'autres régions du monde, en particulier dans l'ancienne Allemagne de l'Est (RDA), en Pologne, peut-être en Ukraine. Le pesticide a également été utilisé au Cameroun et en Côte d'Ivoire.

"On pourrait potentiellement se trouver en présence d'un problème sanitaire et environnemental de dimension mondiale, qui devrait envoyer à une coopération internationale", écrivent les auteurs. Le chlordécone n'étant plus produite ni utilisée aujourd'hui, ses résidus ne sont plus recherchés. Une enquête sur les zones d'épandage dans le monde est pourtant impérative, selon les rapporteurs.

CANCER DE LA PROSTATE

Les effets sanitaires d'une exposition à de faibles doses de produit - par l'alimentation et l'eau potable - ont été dénoncés par le cancérologue Dominique Belpomme, dans un rapport publié en septembre 2007. Il mettait en lien la pollution et l'augmentation des cancers de la prostate aux Antilles. Les auteurs contestent ces résultats, qualifiant de "peu solides" les méthodes de M. Belpomme. Cependant, ils n'écartent pas le risque sanitaire. "L'occurrence du cancer de la prostate est très marquée ethniquement (...), mais cette prévalence chez certaines populations n'exclut pas que l'exposition aux pesticides puisse être un facteur aggravant", écrivent-ils, renvoyant à plusieurs études épidémiologiques dont les résultats seront connus prochainement.

La chlordécone pose un problème particulier du fait de sa persistance dans l'environnement. La molécule, très stable, peut rester présente dans les sols entre un et sept siècles, et continuer à transiter vers les produits cultivés. Les sédiments servent aussi de vecteur de contamination des eaux de rivière, puis des milieux marins. Le polluant s'accumule dans les graisses et se concentre dans la chaîne alimentaire, "en particulier les milieux aquatiques".

Or, les auteurs relèvent que la contamination potentielle des poissons et des crustacés a été oubliée dans le plan élaboré en 2008 pour limiter l'exposition de la population antillaise - un plan jugé efficace, en revanche, concernant les fruits et les légumes. Les rapporteurs jugent "urgent" de localiser la pollution des milieux marins et de multiplier les analyses sur les produits de la mer, très consommés aux Antilles.

Ils soulignent aussi l'absence de connaissance sur la contamination des eaux fluviales et souterraines. La cartographie des terres polluées (plus d'un quart des zones agricoles des deux îles) avance en outre trop lentement. Les auteurs recommandent de rechercher des méthodes d'analyse "plus fiables, plus rapides et moins coûteuses".


Gaëlle Dupont
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Dimanche 5 avril 2009

Une étude scientifique montre un lien possible entre l’exposition à certains pesticides et le cancer de la prostate aux Antilles !

Les scientifiques de l’équipe du Professeur Belpomme ont conduit une étude multifactorielle en Martinique et en Guadeloupe afin d’élucider les causes de la prévalence particulièrement élevée du cancer de la prostate dans ces îles (une des plus élevée du monde).

L’étude, publiée dans le dernier numéro de la revue scientifique ’International Journal of Oncology’, montre que les courbes d’augmentation des cas de cancer de la prostate divergent entre la France métropolitaine et les Antilles françaises depuis l’année 1983.

Pour les auteurs, le fait que ces courbes ne soient pas parallèles suggère que, bien qu’il existe une certaine sensibilité génétique propre aux populations des caraïbes, ce facteur seul ne peut pas expliquer cette augmentation de l’incidence des cas de cancer de la prostate dans ces deux îles. L’étude montre par ailleurs clairement que la pollution des eaux est liée avec les zones de culture de la banane et que la population générale étudiée au milieu des années 1970 était contaminée par des niveaux extrêmement élevés de pesticides POPs comme le DDT, le HCH, l’aldrin ou la dieldrine. L’étude conclut que l’incidence grandissante des cas de cancer de la prostate en Martinique et Guadeloupe ne peut pas être liée à une modification des facteurs ethnographiques ou a un changement dans les modes de vie et suggère que des facteurs environnementaux, comme l’exposition intense et prolongée à des pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques peut causer le cancer de la prostate et que cette exposition pourrait être impliquée dans la croissance dramatique de l’incidence du cancer de la prostate en Martinique et Guadeloupe.

Le MDRGF salue cette nouvelle publication et appelle le gouvernement à tout mettre en oeuvre protéger les populations antillaises des sources de pollution par les pesticides encore présentes dans les eaux et dans les sols contaminés par des décennies d’agriculture ultra-intensive. De plus le MDRGF souligne l’urgence d’une réorientation des politiques agricoler locales vers des formes d’agriculture biologique ou de production intégrée, réduisant totalement ou fortement l’usage des pesticides.

Pour avoir accès à l’étude complète :

“Prostate cancer as an environmental disease : An ecological study in the French Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe”

D. Belpomme, P. Irigaray, M. Ossondo, D. Vacque, M. Martin International Journal of Oncology Volume 34 Number 4. 1037-1044. Avril 2009

http://www.spandidos-publications.com/ijo/34/4/1037

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Lundi 22 décembre 2008
A noter dans votre agenda

France Ô diffusera un reportage sur la pollution par le Chlordécone en Martinique, dans son émission Ô ma planète !

Jeudi 8 janvier à 21h30 sur France Ô

L'émission sera rediffusée le dimanche à 14h30 et le mercredi à 15h15.
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Lundi 28 avril 2008
Huit mois après le cyclone Dean qui a ravagé les bananeraies de Guadeloupe et Martinique, le 8 avril, le porte-container "Fort Saint Pierre" débarquait à Dunkerque une cargaison de 4 800 tonnes de bananes. Au plan sanitaire, l’affaire du chlordécone continue cependant à nourrir les inquiétudes.

Lire l'article de Novethic
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Jeudi 6 décembre 2007
Article paru le 6 decembre 2007 sur www.rue89.com

Le président du Cran abandonne sa mission en Martinique suite à des pressions sur le dossier du pesticide chlordécone.

Patrick Lozès, le président du Cran, démissionne de la mission qui lui avait été confiée fin octobre par Jean-Louis Borloo en Martinique. Il accuse le ministère de l'Environnement d'avoir fait pression sur lui pour étouffer un "scandale écologique majeur".

C'est pour sa connaissance du terrain et ses réseaux aux Antilles que le président du Conseil représentatif des associations noires avait été approché par l'équipe de Jean-Louis Borloo. Le 30 octobre, il reçoit officiellement pour mission de dresser l'état des lieux environnemental de la Martinique après le passage du cyclone Dean, qui a balayé l'île et ravagé une bonne partie des bananneraies sur place, en août 2007.

Mais Patrick Lozès affirme que le ministère lui a très vite demandé de communiquer allègrement sur l'avancement de ses travaux... sauf sur une question: le chlordécone.

Ce pesticide hautement toxique, destiné à l'élimination des coléoptères, a été utilisé dans les bananeraies jusqu'au milieu des années 1990:

Le président du Cran argue avoir toujours alerté Jean-Louis Borloo sur l'importance de cet enjeu sur une île où "12700 personnes seraient encore à risque aujourd'hui":

"Le sol est encore contaminé, ainsi que de très nombreux aliments. La population continue donc à être contaminée."

De retour d'une mission dans les Antilles, le Pr Dominique Belpomme, cancérologue, avait déjà alerté l'opinion, en septembre dernier, au sujet du chlordécone. Parlant d'un "vrai désastre sanitaire", il rappelait alors que le produit cancérogène avait été interdit aux Etats-Unis dès 1976 du fait de sa dangerosité.

Dans ce rapport qui a fait polémique dans la communauté scientifique, Dominique Belpomme avait décrit la pollution des sources, des fruits et des légumes-racines, tout en précisant que l'effet du produit s'arrêtait à la peau des bananes. D'autres scientifiques taxant Dominique Belpomme d'alarmisme, plusieurs études sont en fait en cours pour déterminer les seuils au-delà desquels le chlordécone est réellement dangereux.

Aujourd'hui, Patrick Lozès affirme que, si on lui a demandé de mettre cette question sous le tapis, c'est bien parce que la production de bananes est un enjeu économiquement ultra sensible en Martinique depuis le passage du cyclone:

Le 30 novembre, il a envoyé sa lettre de démission au cabinet Borloo.

Par Revue de presse - Publié dans : Chlordecone
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